Sans interdit

« Sans interdit » de Belinda Bornsmith

Je vous avais fait découvrir « Sans façon » dans une précédente chronique, et je vous avais partagé mon envie de retrouver deux des personnages secondaires dans un prochain roman.

Belinda Bornsmith a exaucé mon vœu : voici l’histoire dont je rêvais, celle de Lee et de Marlon.

La plume de notre auteure est reconnaissable dès les premières pages, forte et sensible à la fois. Les personnages sont profondément humains, les dialogues sonnent juste, l’émotion authentique. Une langue parfois crue, des scènes très épicées qui peuvent surprendre.

Mais ce choix d’écriture n’a rien de gratuit. Belinda Bornsmith utilise la sexualité comme un véritable langage narratif. Elle constitue le point de départ de la psychologie des personnages. Elle révèle ce qu’ils sont incapables d’exprimer autrement : leur manière de contrôler, de fuir, de se protéger ou, au contraire, de rechercher une forme de liberté. Cette lecture de leur intimité éclaire leurs actions, leurs blessures et donne toute sa cohérence à leur évolution.

J’ai été intriguée…

Tout commence presque simplement.

Une maison à rénover. Un homme qui aime que tout soit parfaitement à sa place. Un autre qui vit avec une spontanéité désarmante.

Lee, perfectionniste et habitué à tout maîtriser, confie les travaux de sa nouvelle demeure à Marlon, artisan passionné, qui adore son métier. Ils n’ont, en apparence, rien en commun. Et pourtant, l’étincelle est là…

J’ai souri…

Les dialogues m’ont complètement conquise. Ils sont naturels, pétillants, parfois piquants, souvent drôles, toujours justes. La complicité entre Lee et Marlon ne surgit pas de nulle part, elle se construit, réplique après réplique, sourire après sourire. On prend plaisir à les voir se découvrir, se provoquer et, sans même s’en rendre compte, commencer à se rapprocher. Et quel plaisir de retrouver l’adorable Kory, le taciturne Tyron et toute cette bande d’amis !

J’ai cru…

J’ai cru à leur histoire parce que je les ai crus, eux.

Lee et Marlon ne sont jamais enfermés dans des rôles. Ils doutent, hésitent, avancent, reculent, se trompent aussi. Ils ne cherchent pas à devenir quelqu’un d’autre pour être aimés. Ils apprennent simplement à laisser tomber les murs qui les empêchent d’être pleinement eux-mêmes. Cette authenticité rend leur relation profondément touchante.

J’ai aimé…

J’ai aimé que l’histoire prenne son temps.

Dans un monde où tout semble devoir aller toujours plus vite, Belinda Bornsmith choisit de laisser respirer son récit. Les sentiments prennent le temps de s’installer, les blessures se dévoilent avec pudeur et la confiance se construit pierre après pierre. Cette progression rend la romance d’autant plus crédible et touchante.

J’ai aimé la franchise avec laquelle l’auteure aborde la sexualité de Lee et de Marlon. Les scènes érotiques ne sont pas uniquement là pour nous donner chaud. Elles éclairent leur rapport au désir et à l’intimité, nous montrent leurs blessures, leurs besoins et les barrières qu’ils devront dépasser.

J’ai refermé ce livre…

Avec cette sensation chaleureuse que laissent les belles rencontres, les grands voyages, les sentiments sincères.

Avec cette conviction que l’amour ne consiste pas à changer quelqu’un, mais à lui offrir un endroit où il peut enfin cesser de se cacher.

Avec la confirmation que Belinda Bornsmith sait raconter les émotions avec une justesse qui touche autant le cœur que l’esprit.

Si « Sans façon » vous avait séduits par son authenticité, son humour et ses personnages si profondément humains, alors « Sans interdit » devrait, lui aussi, trouver une place dans votre cœur.

Extraits de « Sans interdit » de Belinda Bornsmith.

Lee

Marlon continua à discuter avec G. Sa voix, grave et profonde, coulait sur moi tandis que mon cœur avait des putains de ratés et que mon esprit moulinait à deux cents à l’heure. Le poison – ce trouble, cette attirance de dingue, son effet – , déjà bien ancré, explosa dans mon crâne ; niveau d’alerte : critique. Et là, un ressentiment très violent, d’une noirceur inattendue, me faucha.
Jamais je ne m’étais senti aussi menacé.
Pas physiquement, pire que ça.
Une menace contre ce que j’étais.
Sur mon territoire. Dans mes habitudes. Dans mon équilibre soigneusement maîtrisé. Dans ma putain de hiérarchie interne que personne ne remettait en question : émotions en bas de la chaîne, pouvoir et contrôle au sommet. Les hommes ? Rangés à leur place, objets d’usage, pas de confusion. Moi ? Toujours au-dessus, jamais dominé, jamais ébranlé.
Et Marlon, cet abruti, n’avait aucune idée de ce qu’il foutait à l’intérieur de moi. Merde ! Aucun mec n’avait jamais eu ce pouvoir. Aucun ! Et ça me foutait la rage ! Une rage sourde et profonde. Je réussis à la contenir, à grand-peine, et, quand Gunnar me demanda un avis sur un truc, je répondis d’une voix posée en apparence.
Puis je restai là, à jouer le type absorbé par le plan de la cuisine, alors qu’en vrai, je n’entendais que lui .

Marlon.
Sa voix.
Ses échanges.
Son assurance.

Marlon

J’avais aucune putain d’idée de ce que j’étais en train de faire. Mon cerveau était embourbé dans un foutoir sans nom, chaque pensée bousculant la suivante, jusqu’à plus rien capter. Tout ce que je pouvais faire, c’était avancer, un pied après l’autre.
M’éloigner. Pas exploser.
Parce que si je faisais demi-tour, si je me pointais de nouveau là-bas, j’éclaterais tout. Imaginer un autre mec poser ses lèvres sur celles de Lee… celles que j’avais goûtées, mordues, dévorées au Blue, celles qui me hantaient encore la nuit… ça me retournait l’estomac.
Un instinct possessif – un putain de truc qui figurait pas dans mon catalogue d’émotions encore récemment – monta d’un coup, tellement violent qu’un voile rouge m’envahit le champ de vision. Une nouvelle fois, je me rendis brutalement compte que j’avais jamais réagi comme ça pour un mec.
Jamais ressenti ce truc.
J’aurais jamais dû accepter ce foutu chantier – merci, mon vieux, pour le cadeau empoisonné. J’aurais jamais dû me rapprocher de Cover Boy.
Tout était qu’un merdier sans fond depuis.
Tout en moi partait en couilles depuis.
Je me reconnaissais plus ! Moi, Marlon, le type qui regardait jamais deux fois le même mec. Le champion de la «  baise et je me casse  », sans accroches, sans guimauve, qui maîtrisait tout de A à Z, et qui était pas accro au physique d’un gars, un missile… et à ses PUTAINS de sourires et ses yeux… Et un tas de trucs.
Bordel !

 

1 Comment

  • Mitchiko

    Coucou Viranne, merci pour ce nouvel avis livresque. Il me semblait bien que j’avais déjà vu le nom de cette autrice quelque part x) cette histoire m’a l’air assez originale (je n’ai pas souvent vu de thématiques comme la rénovation, l’artisanat abordée dans une romance), tout comme ses personnages. D’après les extraits que tu nous as partagés, je peux ressentir le côté « brut », impactant de la plume de l’autrice ^^ la couverture est sympathique également. Ce livre va lui aussi finir dans ma PAL ah ah. Bon week-end et belle semaine d’avance. A bientôt. Bises

Commentaires

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