Jeoseung Saja - Le grim reaper

Jeoseung Saja – Le Grim reaper



Il existe un moment que nul ne peut éviter, un instant silencieux où même le vent semble retenir son souffle. Ce moment, c’est celui où le Jeoseung Saja vient.

Personne ne sait exactement quand cette histoire a commencé. Certains disent qu’elle remonte à des temps très anciens, lorsque les vivants et les esprits marchaient encore presque côte à côte, à une époque où les montagnes, les rivières et les étoiles semblaient parler aux hommes. D’autres affirment que cette figure est née plus tard, lorsque les gens ont commencé à donner des formes humaines à ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre : la fin, le départ, l’invisible. Peu importe l’origine exacte, car dans les récits transmis de génération en génération, le Jeoseung Saja est toujours là, immuable.

On le décrit comme un homme vêtu de noir, quelquefois sans visage clairement défini, comme si l’ombre elle-même avait pris forme humaine. Il avance sans bruit, comme s’il ne touchait pas vraiment le sol. Dans ses mains, il tient souvent un registre. Un simple livre, disent certains. Mais ce livre contient tout : les noms, les vies, les souffles, et surtout le moment exact où chacun doit quitter le monde des vivants. Rien n’y est laissé au hasard.

Il n’entre pas en criant, il ne menace pas. Il apparaît simplement, habituellement lorsque la personne ne s’y attend plus. Parfois au milieu d’un rêve, parfois dans le calme d’une pièce, parfois même au cœur d’un dernier souffle que personne d’autre ne remarque. Et quand il arrive, il ne vient pas pour punir. Il vient pour appeler. Comme un messager qui rappelle quelqu’un à une destination déjà inscrite depuis longtemps.

Dans certaines histoires, les gens tentent de le fuir. Ils ferment les portes, allument des lanternes, récitent des prières. Mais le Jeoseung Saja n’est pas arrêté par les murs ni par les suppliques. Il ne poursuit pas non plus. Il attend le moment écrit dans son registre. Et quand ce moment arrive, il tend la main. À cet instant, l’air change. Tout devient plus léger, comme si le monde des vivants s’éloignait doucement sans bruit.

On dit alors qu’il guide l’âme vers un autre endroit, un royaume que l’on appelle le Jeoseung, le monde d’après. Là-bas, les vies sont regardées, comme on relit une histoire pour en comprendre le sens. Rien n’est précipité, rien n’est oublié. C’est un lieu où le temps ne presse plus, où chaque existence est déposée comme une trace qu’il faut comprendre avant de continuer ailleurs.

Mais certaines âmes, dit-on, murmurent encore après leur départ. Elles racontent que ce messager n’est pas seul. Que, bien au-delà des montagnes de Corée, d’autres figures existent, d’autres présences qui accomplissent un rôle étrangement similaire.

Ainsi, au détour de récits venus du Japon, on parle de créatures appelées shinigami, des êtres liés à la mort qui apparaissent lorsque le moment est venu. Plus loin encore, dans les terres anciennes de la Grèce, les âmes évoquent Charon, le passeur silencieux qui attend au bord d’un fleuve pour faire traverser les morts vers un autre monde. Et sous le soleil brûlant de l’ancienne Égypte, c’est Anubis qui veille, pesant les cœurs et guidant les âmes avec une rigueur presque sacrée.

Même dans les récits plus proches de nous, en France et dans toute l’Europe, une silhouette apparaît quelques fois dans l’imaginaire collectif : une figure encapuchonnée, souvent appelée la Faucheuse, tenant une faux et avançant dans le silence. Une autre forme, un autre visage… mais toujours la même fonction.

Alors certains se demandent si le Jeoseung Saja connaît ces autres passeurs. S’ils se croisent, quelque part, dans cet espace invisible entre les mondes. Ou si chacun veille simplement sur son territoire, accomplissant la même tâche, encore et encore, depuis des siècles.

Avec le temps, même les vivants ont commencé à redessiner son visage. Dans les histoires modernes, il devient plus humain, presque fragile. On le voit dans des récits comme Goblin, où il marche parmi les hommes avec élégance et mélancolie, ou dans Tomorrow, où ceux qui accompagnent les morts tentent aussi d’aider les vivants. Comme si, peu à peu, la peur laissait place à une forme de compréhension.

Aujourd’hui encore, même si plus personne ne raconte ces histoires au coin du feu comme autrefois, le Jeoseung Saja continue d’exister. Il est devenu plus qu’un mythe : une présence discrète dans l’imaginaire, une manière de donner un sens à ce moment que personne ne peut éviter.

Mais au fond, peut-être que rien n’a changé. Peut-être qu’en cet instant même, quelque part, une silhouette vêtue de noir tourne lentement les pages d’un registre.

Et si, parmi tous ces noms déjà écrits, le nôtre attendait simplement son tour… serions-nous prêts à le voir apparaître, ou aurions-nous encore quelque chose à vivre avant de lui tendre la main ?

5 Comments

  • Louve

    Hello Shaily,
    Merci pour cet article sur celle que l’on connait plus chez nous comme la Faucheuse. C’est passionnant de voir les liens par-delà les frontières entre le Jeoseung Saja, la Faucheuse, Charon, Anubis et les shinigami. Cela montre que peu importe la culture, l’humanité a ce besoin universel de donner un visage à l’invisible pour adoucir le mystère de notre propre fin. C’est d’ailleurs fascinant de voir comment des dramas peuvent moderniser cette figure en y apportant de la mélancolie et de l’humanité, j’avais adoré Tomorrow et je ne me souviens plus si j’ai vu Goblin 🫣 Un de mes amis dit toujours que ce passage est la seule épreuve à laquelle aucun être vivant n’échoue. Oui, il est un peu sarcastique mais j’aime aussi cette pointe d’humour noir car finalement, nous ne sommes que de passage ici-bas et qu’il ne faut pas trop se prendre la tête, vivons pleinement et n’ayons aucun regret!˚⊱🪷⊰˚ Belle journée

  • SkyA

    Shaily, merci pour cette nouvelle légende qui dès les premières lignes du 3ème paragraphe m’ont fait de suite penser aux personnages de Grell, William, Undertaker et Ronald dans Black Butler.

    Autant les noms « La faucheuse » ou « Shinigami » (que j’ai découvert grâce aux mangas « Black Butler » donc, mais également « Death Note » et « Les descendants des ténèbres ») me sont venus en tête de suite après la description de ce personnage de légende ; autant il me faut bien avouer ne pas connaitre son nom coréen Jeoseung Saja quant bien même j’ai beaucoup aimé les dramas « Tomorrow » (Kim Hee-sun a juste était géniale dans le rôle de Goo Ryeon) et « Hotel Del Luna », ni celui de Charon pour la Grèce.

    De nouveau vous m’avez découvrir de nouvelles informations et je vous en remercie. C’est vraiment toujours un réel plaisir de lire vos publications. En attendant la prochaine légende, je vous souhaite de passer une très agréable fin de semaine. A bientôt 🙂

    • Shaily

      Coucou SkyA,
      Merci beaucoup pour ton message, qui m’a fait très plaisir.^^

      Je suis ravie que cette légende t’ait fait penser aux Shinigami de Black Butler.
      C’est vrai que les rapprochements sont assez naturels, surtout lorsqu’on connaît aussi Death Note ou Les Descendants des ténèbres.
      Derrière des noms différents, on retrouve souvent cette même figure du guide des âmes entre le monde des vivants et celui de l’au-delà.
      Tu n’es d’ailleurs pas la seule à connaître le concept sans forcément connaître son nom coréen, Jeoseung Saja.
      Quant à Charon, il occupe un rôle similaire dans la mythologie grecque.
      J’aime beaucoup découvrir ces échos entre les croyances de cultures si éloignées.
      J’ai aussi beaucoup aimé Hotel Del Luna. Même si les Jeoseung Saja n’y occupent pas le premier rôle comme dans Tomorrow, ils font partie de cet univers fascinant où les frontières entre les vivants et les morts deviennent plus floues. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles cette série a tant marqué les spectateurs.

      Je te souhaite une très belle semaine à venir.
      Des bibis

  • Mitchiko

    Coucou Shaily, merci pour la présentation de cette nouvelle légende. Je la connaissais un peu, au travers des histoires de Shinigami, sur la Faucheuse bien sûr, et celles en lien avec la Grèce antique. C’est un personnage qui intrigue toujours et que je me rappelle avoir croisé dans quelques dramas effectivement ^^ en tout cas, j’ai beaucoup apprécié découvrir davantage de détails à son sujet. En particulier, la phrase « il ne vient pas pour punir ; il vient pour appeler » m’a particulièrement marquée, dans ta description. Bon week-end à toi, belle semaine aussi 🙂 à très bientôt. Bises

    • Shaily

      Coucou Mitchiko,
      Merci pour ton message.
      Je suis ravie que cette légende t’ait plu et que tu aies découvert quelques facettes supplémentaires de ce personnage si fascinant.
      « Il ne vient pas pour punir ; il vient pour appeler. » Je trouve que cette phrase résume très bien la manière dont la Mort est souvent perçue dans de nombreuses traditions : non pas comme une ennemie, mais comme un passage ou un guide.
      Merci encore pour ton retour et pour le temps que tu as pris pour écrire ce petit mot.
      Je te souhaite également un très beau week-end ainsi qu’une excellente semaine.
      À très bientôt ! ^^
      Des bibis

Commentaires

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