Semantic error

« Semantic Error », 4 tomes, J. Soori

Traduit du coréen par Sarah Ozkalp

 

 

Après le webtoon, la série BL, le film, le manhwa, voici maintenant le roman ! Et nous avons de la chance, la traduction de Sarah Ozkalp est excellente, très soignée. Si, comme moi, vous avez adoré le drama, alors n’hésitez pas à dévorer le livre, vous ne le regretterez pas. Un tome 4 vient de paraître, que je n’ai pas encore lu, mais les trois premiers vous offrent l’histoire complète de Sangwoo et Jaeyoung, avec une fin parfaite.

Tout commence par une rencontre électrique. Sangwoo, étudiant rigide et méthodique, voit son quotidien parfaitement organisé bouleversé par Jaeyoung, aussi charismatique qu’imprévisible. Entre eux, le ton est donné : irritation, provocation… puis une tension qui évolue peu à peu vers quelque chose de plus ambigu.

Encore un énième « enemies to lovers » me direz-vous. Oui, mais pas que. Il y a dans leur relation un côté extrêmement attachant. Peut-être est-ce dû à leurs personnalités complètement opposées, à leur entêtement commun, à la manière dont ils se cherchent constamment, à cette attirance qui se découvre lentement, à cette acceptation lente des sentiments. Je ne sais pas, mais je trouve que le roman prend le temps de construire leur histoire, et ce n’était pas gagné au départ !

D’un côté, nous avons Choo Sangwoo :

 

un humain qui aurait clairement préféré être un algorithme.
Il respire en binaire, pense en lignes de code, et considère les émotions comme des bugs critiques à corriger immédiatement.

Il vit selon des règles strictes, suit une routine sans surprise et limite au maximum ses interactions sociales.
Son rêve ? Un monde propre, logique, sans imprévus… bref, sans gens comme Jaeyoung.

 

De l’autre côté, voici Jang Jaeyoung :

 

un feu d’artifice en hoodie rouge.
Là où Sangwoo voit des règles, Jaeyoung voit des opportunités de les ignorer avec un sourire insolent.
Il improvise, charme, provoque, attire l’attention, et transforme chaque situation en performance artistique, souvent au grand désespoir de Sangwoo.

Leur rencontre ? Elle ressemble à la collision cosmique entre deux univers.

Sangwoo classe immédiatement Jaeyoung dans la catégorie « erreur système majeure, à supprimer sans délai ».
Jaeyoung, lui, décide que Sangwoo est « le projet le plus fun et le plus intéressant de sa vie ».

C’est l’histoire d’un garçon qui veut tout contrôler et d’un autre qui appuie volontairement sur tous les boutons interdits. L’un calcule, le second perturbe. Contre toute attente, ils vont trouver le moyen de travailler ensemble.

Et ce qui n’était qu’une erreur sémantique au départ va se transformer en quelque chose de nouveau. Une anomalie qui finira par bouleverser leur monde et les changer profondément tous les deux.

La plume de J. Soori ne dépeint pas une simple romance universitaire classique. Elle explore avec finesse la psyché de deux hommes totalement opposés et s’appuie sur ce paradoxe pour transformer une incompatibilité totale en une évidence émotionnelle.

La progression psychologique de Sangwoo est, sans doute, l’un des aspects les plus marquants de ce livre. L’auteure dresse le portrait d’une personnalité neuroatypique avec beaucoup de délicatesse et prend le temps de fissurer lentement une pensée rigide, par petites touches. L’attirance, le désir, les sentiments amoureux finissent par se glisser dans ces minuscules fêlures.

Il y a également beaucoup d’humour dans ce roman. Comment ne pas sourire devant les bêtises de Jaeyoung et la logique sans faille de Sangwoo ? J’ai été surprise par les scènes érotiques, qui sont très crues, très épicées, et vont vous donner chaud.

Je n’ai qu’un conseil : ne passez pas à côté d’une si belle histoire.

 

Extrait de « Semantic Error », tome 1, J. Soori

Alors qu’il pensait pouvoir se focaliser maintenant qu’il avait récupéré sa place, il subit les mêmes symptômes que lors du dernier cours d’algorithmes. « Mathématiques de l’ingénieur 2 » était pourtant une matière que Sangwoo étudiait à côté, mais rien ne s’enregistrait dans son cerveau. Sa tête semblait vide, et il ne reprit ses esprits qu’une fois le cours terminé.


Sangwoo déjeuna seul, plus frustré que jamais. Pourquoi ? Quel était le problème au juste ? Il n’arrivait pas à comprendre. Au début, c’était le harcèlement de Jaeyoung qui l’avait empêché d’étudier, il avait usé de toutes sortes de moyens pour le déranger. Mais maintenant qu’il avait arrêté, la cause du problème avait disparu, alors pourquoi ne retrouvait-il pas sa vie tranquille d’avant ?


Quand il vérifia son téléphone à la fin de la pause-déjeuner, il découvrit qu’il avait reçu un message :


« Glandeur no 3 : (photo) Du bon boulot. » [11:03]


Son pouce s’arrêta au-dessus du bouton de réponse. Il hésita. Puis, comme il ne trouva rien à dire, il rangea son appareil dans son sac. Il fit deux fois sa promenade tellement il était distrait.


Son état ne s’améliora pas même une fois à la bibliothèque. Il se sentait de plus en plus mal et frustré. Cela se mua même en colère, sans qu’il puisse rien faire à ce sujet. C’était comme si ça bouillonnait à l’intérieur de lui. Sauf que, pour la première fois de sa vie, il ne savait pas contre qui ni pourquoi il était en colère.


— Tu n’es pas rentré chez toi ?


Tout à coup, alors que Sangwoo pensait remballer pour partir, il entendit la voix de Jaeyoung, vidant sa tête de toute pensée.


Ce dernier s’installa avec le carnet qu’il lui avait acheté de force. Il ouvrit la trousse de Sangwoo, comme si c’était normal, pour lui prendre un stylo. Puis, il s’adossa à sa chaise, croisa les jambes, posa le cahier sur son genou et commença à gribouiller.


Pendant ce temps, un changement étonnant se produisit chez Sangwoo. Sa colère inexpliquée disparut et son humeur se stabilisa. Les mots sur la page devant lui redevinrent lisibles, lui permettant de reprendre sa lecture. Sangwoo se sentit ridicule.


J’ai un sérieux problème.


C’était comme si la présence de Jaeyoung à ses côtés était devenue son mode par défaut. L’erreur avait clairement rongé son système pour qu’il confonde la situation actuelle avec son état normal. Cela lui faisait penser aux oiseaux de Tchernobyl chez lesquels on avait découvert l’existence d’un taux anormalement élevé d’antioxydants. Tout comme les animaux qui ont évolué pour survivre aux radiations, Sangwoo semblait s’être adapté à la catastrophe qu’était Jang Jaeyoung.

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