Plus près que l'on ne croit

1.

POV Lego


– Bon sang, j’avais besoin de ça, dis-je haletant et encore tremblant sur mon amant.

– Ravi d’avoir été là alors, me répondit-il avec son sourire emblématique.

Je lui administre une petite tape sur l’épaule avant de retomber sur le matelas, épuisé mais heureux. 

– À quelle heure est ton passage ? me demande-t-il alors qu’il s’engouffre dans la salle de bain.

– Je ne sais plus. Mais William nous a envoyé un recap’ sur le chat du groupe, je vais regarder.

J’attrape mon téléphone et commence à scroller sur mes différentes applications. J’entends la douche se mettre en route et le bel étalon chantonner sous le pommeau. J’ai une irrésistible envie de le rejoindre là-dessous, mais si je le faisais ça nous mettrait en retard tous les deux.

Sa douche est rapide, efficace. Il en ressort avec les cheveux mouillés et l’odeur de mon gel douche sur la peau. Je pouffe et souris.

– Quoi ? demande-t-il amusé par mon petit son.

– Rien. C’est juste que cette odeur sur toi ça fait…

– Bizarre ?

Je hoche la tête et il fait une moue déçue. 

– Mais pas bizarre, bizarre. C’est juste que tu es si sexy et masculin, alors ça jure un peu avec l’image de bad boy à moto.

– Je ne suis donc qu’un bad boy à moto, maintenant ? 

Je m’enfonce. Je me redresse à la va-vite mais je maintiens le drap pour qu’il couvre les parties de moi qu’il connaît intimement.

– Non, Ohm, ce n’est pas ce que je…

Je me mords les lèvres alors qu’il retient son rire.

– Tout va bien Lego. C’était une blague.

Il s’approche doucement du lit. Quand il s’arrête au-dessus de moi, j’ai presque la nuque cassée en arrière pour le regarder dans les yeux.

Quand il se penche vers mon visage, je retiens mon souffle.

– Et pour information, j’aime bien cette odeur, c’est… ton odeur.

Le petit baiser qu’il dépose sur mes lèvres est rempli de tendresse, mais il déclenche chez moi une furieuse envie de lui attraper l’arrière de la tête et de lui dévorer la bouche. Chose que je ne fais pas.

Lorsque j’ai rencontré Ohm pour la première fois, nous étions dans les locaux de la GmmTv. Le groupe et moi venions assister à une réunion pour une nouvelle série.

À notre arrivée, nous avons vu Est au bout du couloir en pleine conversation avec un homme de dos qui portait un blouson de cuir de type moto. Les deux rigolaient, si bien que Est ne nous avait même pas remarqués. William, son crush à l’écran, le héla pour lui signifier notre présence. 

Lorsque Est nous a fait coucou de la main, le mystérieux motard s’est retourné. C’était lui, Ohm Pawat. L’un des acteurs les plus sexy de la GmmTv. Je me souviens encore des pensées que j’ai eu à ce moment-là : « Waouh ! », « Il est vraiment sexy » ou encore « Miam, j’en ferais bien mon quatre heures ».

Il nous a balayé du regard, puis nous a adressé son plus beau sourire. J’étais conquis.

– Je dois y aller.

Sa voix me sort de ma rêverie.

– D’accord. 

– On se voit en bas, hein ?

Son ton est étrange. Comme s’il culpabilisait de partir sans moi.

Je rejette cette idée immédiatement car il n’y aurait rien de plus bizarre que lui et moi descendant dans le hall en même temps pour rejoindre toute la maison de production avant la grande annonce des séries à venir l’an prochain. 

– Bien sûr ! répondis-je avec un réel sourire. Tu me remarqueras vite, je serai le gars sexy aux cheveux longs.

Je lui envoie un baiser volant auquel il répond avec un clin d’œil avant de fermer la porte de ma chambre d’hôtel.

Oui, j’ai une aventure secrète.

Lorsque je sors de la salle de bain, Mavis, ma styliste, est déjà dans la chambre à donner des directives à l’équipe sur ma coiffure et mon maquillage.

Tout a été choisi avec soin. Mes extensions m’arrivent jusqu’aux fesses, mes talons font 12cm et ma tenue comporte plus de zones sans vêtement qu’avec.

En clair, je suis canon !

– Merci Mavis. Tu es une reine, lui lançais-je en regardant le résultat dans le miroir.

– Girl, c’est toi la reine.

Elle arrange ma frange.

– Maintenant, monte ton joli petit cul sur scène et brille pendant l’annonce de la nouvelle série BL de Lykn.

Elle finit par un clin d’œil et me dépose un bisou chaste sur l’épaule.

Je souris en grand et me dirige vers la porte d’un pas assuré.

Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le hall de l’hôtel, j’aperçois les garçons et Est qui m’attendent. La réaction de mon groupe ne se fait pas attendre.

– Waouh ! s’écrit Hong en me voyant.

– Putain… soupire Nut.

– Eh ben dis donc ! me félicite Tui d’un air approbateur.

Je prends place à côté d’eux en les remerciant chaleureusement.

William et Est, en grande discussion privée jusqu’ici, se tournent vers moi.

– Tu es absolument magnifique, me lance Est.

– Merci. Mais tu ne devrais pas complimenter un autre homme devant le tien.

William sourit.

– Sauf que tu n’es pas n’importe qui et qu’il a raison. Lego, cette tenue était faite pour toi, comme ce look d’ailleurs. C’est très réussi.

– Merci Phi Willy.

Dans la voiture qui nous emmène à la salle de spectacle où aura lieu la grande révélation du programme de la GmmTv, chacun est assis à sa place habituelle.

A mes côtés, Nut est concentré sur son téléphone.

– Est-ce que ça va ? lui demandais-je.

– Non, je ne me rappelle plus ce qu’on doit faire quand ils passent la bande annonce de notre série.

Il scrolle frénétiquement.

Nut aime être préparé. Il n’aime rien laisser au hasard. Comme il n’a pas pu assister à la répétition du show hier, il a l’impression de ne rien contrôler.

– Du calme, Phi Nut. On passe sur la gauche et on s’installe sur le mécanisme de la scène qui nous montera.

– D’accord, ok, ok…

Il souffle.

– Au pire, tu n’as qu’à me suivre, lui dis-je.

Il lève la tête vers moi.

– D’accord, merci.

– Et comment vont tes dents ?

– Ça va beaucoup mieux.

– Tant mieux.

Hier, il s’était levé avec une rage de dents. Notre manager a fini par trouver un dentiste en urgence, mais Nut a bien souffert.

– Pourquoi louer une salle si grande pour la présentation du programme de l’année prochaine alors qu’il n’y a personne dans le public ? demande Hong en arpentant les longs couloirs les uns après les autres avec nous.

– Pour la scène, répond William très premier degré.

– C’était juste une façon de se plaindre de marcher autant, lance Tui. 

– Si Lego ne se plaint pas, on n’a pas le droit de se plaindre, il marche sur des échasses actuellement, les sermonne Nut.

Je ris pour toute réponse.

La loge n’était pas si loin finalement.

Sur la porte, je regarde le nom du groupe, collé à celui d’Est. Je me souviens de nos débuts dans la série ThamePo. Je deviens nostalgique quelques instants.

Dans la petite pièce, un large canapé et quelques fauteuils ont été installés autour d’une table remplie de bonbons et de boissons. Au mur, une immense télévision nous permet de voir ce qui se passe sur scène, et à côté d’elle le planning de passage des artistes a été accroché.

Je balaye le document des yeux pour vérifier notre horaire, ainsi que celui de mon amant. Quand je repère son nom, mes lèvres s’étirent sans que je puisse le cacher.

– Venez tous !

La voix de Hong traverse la pièce.

– La tradition ! Crie-t-il en sortant un sachet.

Les garçons, Est et moi, nous regroupons autour de la table où Hong dispose déjà les biscuits chinois du destin.

– Vous êtes prêts ? 3, 2, 1, allez-y !

Chacun de nous se précipite sur un des biscuit, tels des aigles affamés.

En réalité, il n’est pas question du biscuit, mais plutôt de ce qui se trouve à l’intérieur. Un message caché, délivré par le destin.

Est attend patiemment que tout le monde se soit jeté sur la table pour ramasser le dernier biscuit.

– Vous êtes beaucoup trop sérieux avec cette tradition, nous dit-il.

Pour être honnête, je ne pense pas que ni les garçons ni moi soyons sérieux à ce sujet. Mais pourtant, comme nous pourrions lire l’horoscope, les petits mots du destin nous ont toujours porté chance ou donné de l’espoir.

Qu’y a-t-il de mal à croire parfois ?

Chacun de nous craque son biscuit et lit son message.

La règle veut que celui qui le souhaite partage son message, mais que l’on ne peut forcer personne à le divulguer s’il ne le veut pas.

– Le mien est nul ! s’exclame Tui. “Vous devez fermer une porte pour en ouvrir une autre”. Bon, au moins, ça peut s’appliquer à n’importe quoi.

– Le mien est assez vrai, continue Hong. “Lorsque l’on doute, il vaut mieux regarder devant et ne pas se retourner pour ne pas tomber”.

Il hoche la tête en guise d’approbation.

– Le mien est mystérieux, lance William. “Pour voir la vie en rose, il faut trouver la rose de sa vie”.

Hong lui met un coup sur la tête.

– Il n’y a rien de mystérieux là-dedans, débile, ça parle d’Est et toi. Point barre.

Il roule des yeux. Est rit avec Hong en montrant le sien, complètement identique à celui de William.

– J’abandonne avec vous deux. Le destin a déjà tout fait.

Il se cale dans le canapé d’un air boudeur.

– Et toi, Nut ? demande Tui.

– Je le garde pour moi.

Nous sommes tous déçus un instant, mais nous devons respecter ce choix. C’est la tradition.

– Lego, alors ? dit Tui en se tournant vers moi.

– “Si vous ne voulez pas qu’on le sache, mieux vaut encore ne pas le faire”.

Je lève les yeux vers mes compagnons.

S’ils savaient mon secret !

2.

POV Lego


L’heure pour notre passage est bientôt arrivée.

Chacun des membres a droit à une retouche maquillage et coiffure.

William, installé sur les genoux d’Est au bout du canapé, lui chuchote des choses à l’oreille.

– Berk ! dit Hong à mon attention, tout en les regardant.

– Tu n’aimes pas les démonstrations d’affection ?

Il tord sa bouche en signe de dégoût.

– Prenez une chambre ! crie-t-il.

Il me fait rire. William se décolle à peine d’Est et lui demande s’il est jaloux. Ce à quoi Hong répond en lui jetant un coussin au visage.

– Ce n’est pas comme s’il y avait de la place partout ailleurs, tu pouvais t’asseoir n’importe où.

– Mais les cuisses d’Est sont plus fermes.

– Dégueu’, rajoute Tui alors que le reste de la pièce rigole.

Notre manager entre dans la pièce.

– C’est l’heure les garçons. Pensez à laisser vos sacs près de la porte, nous partons à la plage pour le tournage du nouveau MV juste après votre passage.

– D’accord.

– Okay.

– Oui !

Je me sens un peu triste. J’espère croiser Ohm quelques minutes avant notre départ. Après tout, nous restons là-bas une dizaine de jours et je ne pourrai pas le voir à son retour puisqu’il sera en déplacement à Chiang Mai pour deux semaines. Je vais trouver le temps bien long.

Au moment de faire le show, les équipes nous embarquent dans un dédale de couloirs.

Nut est derrière moi. Il marmonne des mots à peine audibles. “Monter”, “avancer”, “rester à gauche”…

Je me retourne pour croiser son regard. Il lève les yeux et me sourit.

Quand nous nous rapprochons du but, entre deux passages de portes, nous sommes arrêtés par des hommes de la régie qui circulent avec des caisses et des projecteurs sur des tables à roulettes. Nous perdons de vue les autres membres.

C’est à ce moment que je sens qu’on m’attrape l’index.

Nut.

Je sais qu’il fait toujours ça avec moi. Et je reconnaîtrais ce geste même dans le noir. Il a cette façon de me saisir la phalange, sans forcer, sans tirer, mais en tâtant les bords de mon ongle.

Il le fait quand on regarde un film sur le canapé, il le fait dans la voiture sur le retour vers la maison quand il est crevé après une répétition et il le fait quand il est inquiet.

Il a toujours été un repère pour moi. Et je crois que j’en suis un pour lui. Nous passons des soirées à discuter et jouer à des jeux de société. Nous programmons tous nos entraînements ensemble, nous préparons à manger pour l’autre et nous passons même nos week-ends tous les deux. Il a rencontré ma famille et je connais la sienne.

Il est mon meilleur ami.

Un meilleur ami à qui je mens depuis quelques semaines. Je n’en suis pas fier.

Sans le regarder, j’attrape sa main et l’attire vers moi. Son torse se colle à mon dos un peu plus fort que j’aurais cru.

– Allez ! Accroche-toi et suis-moi.

Nous nous élançons entre les techniciens, les autres acteurs que nous saluons de la tête à répétition et tout le matériel de tournage qui semble avoir été déposé n’importe comment dans les coulisses.

Ni une, ni deux, nous rattrapons les autres qui sont déjà parés de leurs micros. Je lâche la main de Nut, nous attrapons nos micros dans la valise avec notre logo et nous nous mettons en ligne pour rentrer sous la scène. 

Le mécanisme est déjà prêt. La trappe est en bas. Chacun de nous se met à sa place. Et c’est parti !

En quittant la scène, les garçons prennent le couloir de gauche et je vois Ohm au bout du couloir de droite. Il me fait un petit signe et se cache derrière la porte.

– Allez-y, je vous rejoins tout de suite, dis-je à Nut qui me précédait dans les escaliers.

Je pointe du doigt vers le bout du couloir où se trouve la porte des toilettes.

Il hoche la tête et me demande de me dépêcher.

Je ne lui réponds même pas, occupé à rejoindre Ohm à la hâte mais sans courir.

Quand j’entre dans les toilettes, je lui saute au cou et lui donne un léger bisou sur les lèvres. Il ne me le rend pas.

Il se recule. Avec sa main, il se gratte la nuque. Son air devient grave, sérieux.

– Il faut que je te parle.

Je cesse de sourire instantanément. Je fais quelques pas en arrière et me mets sur la défensive. Je ne sais pas encore ce qu’il va dire, mais je sens mon estomac se serrer. Je n’aime pas du tout ce ton.

Mon cerveau se met à réfléchir très vite.

En y repensant, ce regard et le ton de sa voix ressemblent à ceux qu’il avait dans la chambre au moment de me quitter tout à l’heure.

– Je t’écoute, dis-je doucement.

J’ai encore l’espoir qu’il m’annonce qu’il a eu une mauvaise nouvelle au boulot, ou qu’un membre de sa famille a des soucis.

Mon cerveau est plus rapide que moi, il a très bien compris, puisqu’il crispe déjà mes épaules et retient mon souffle. Alors que mon cœur, lui, crie en silence qu’il ne va pas me quitter.

– Nous devons arrêter de nous voir.

– Quoi ?

– C’est ce que je venais te dire tout à l’heure à l’hôtel. Mais, tu m’as sauté dessus et déshabillé si vite que j’en ai perdu le courage.

– Quoi ?

– Je n’ai pas envie de te dire que “ce n’est pas toi, c’est moi”. Et pourtant, c’est la pure vérité. Tu n’es en rien responsable de ma décision, tu comprends ?

– Qui ?

– Pardon ?

Il cligne des yeux plusieurs fois.

– Qui est-ce ? Il est mieux que moi ?

Il baisse la tête.

– Il n’y a personne d’autre.

Je ne le crois pas.

Quand je pouffe légèrement, il relève la tête et poursuit.

– Je le fais pour moi. Et pour toi aussi. Je ne vais pas bien, Lego. Mon cerveau est en chantier. Ma vie entière est en chantier. J’ai besoin de me poser et de réfléchir.

– Je ne t’empêche pas de réfléchir. Tu n’es pas obligé de rompre avec moi pour ça. Je peux… te laisser un peu de temps pour respirer, ou…

– Non.

– Pourquoi ? insistais-je.

– Parce que tu es trop bien ! crie-t-il.

Sa voix résonne sur les murs carrelés. Cela me rappelle soudain où nous sommes.

– Moi, je suis trop bien ?

– Oui.

– Quelle excuse de merde, Ohm ! Sois un homme et romps correctement, putain !

– D’accord ! Je te quitte. Voilà. Tu es content ?

Je sens les larmes me monter aux yeux.

Je. Te. Quitte.

Il a décomposé chaque mot. Ces trois mots ont frappé mon cœur trois fois.

Et parce que mon cœur refuse de souffrir, il redonne le contrôle à mon cerveau. Je croise les bras, les deux pieds parfaitement ancrés dans le sol et je le regarde fixement.

– Super, répondis-je de nouveau sur la défensive. Amuse-toi bien à Chiang Mai. Réfléchis bien. Mais ne me rappelle jamais. Tu as compris ?

Je me retourne sans écouter ce qu’il me dit. Ce n’est que dans le couloir que je sens une larme couler sur ma joue.

Je l’essuie. Hors de question de pleurer devant les garçons.

Dans le van qui nous emmène à la plage, tout le monde semble avoir trouvé le sommeil. De mon côté, je suis encore sous le choc.

Je repense à Ohm, ses paroles et son attitude.

Dans cette relation, nous ne nous sommes rien promis. Il m’a prévenu dès le début, il ne voulait pas s’engager. J’ai accepté car j’étais dans le même état d’esprit.

Mais au bout d’une semaine, je me suis surpris à imaginer que nous pourrions faire évoluer cette relation.

Une toute petite semaine.

C’est le temps qu’il m’a fallu pour tomber amoureux de lui.

C’est le temps qu’il m’a fallu pour croire que je pouvais le faire changer d’avis.

Aujourd’hui, il a remis à zéro notre relation. Comme si ça n’avait pas compté. Comme si j’étais éjectable. Mais surtout, comme si j’étais “trop bien”.

Trop bien pour quoi ? Pour qui ?

Mon nez se met à couler. Je tente de trouver un mouchoir dans mon sac à main, mais c’est peine perdu.

Alors que ma vue se brouille progressivement avec mes larmes, un mouchoir se matérialise face à moi.

– Prends-ça.

Nut est là, le regard compatissant.

– Mer…ci.

– Lego, tu n’es pas obligé de me parler, chuchote-t-il. Mais je suis là, d’accord ?

Je n’ouvre pas la bouche.

Je me contente de poser ma tête sur son épaule. Je compte bien passer le reste du voyage comme ça.

Pour toute réponse, il attrape ma phalangette et la caresse.

Je ne mets pas longtemps à m’endormir, le visage dégoutant d’avoir pleuré pour un mec qui me trouve trop bien.

3.

POV Ohm


Oh, bon sang ! Je suis un connard.

Je crois que j’ai été trop direct.

Ce n’est pas ce que je voulais, putain !

Après tout, je n’ai pas menti. Enfin, pas vraiment.

Ça fait deux semaines que je me pose des tas de questions.

J’aime beaucoup Lego, mais je sens aussi que je ne suis pas fait pour lui. Je pense que je ne pourrais pas lui donner tout ce dont il a besoin ou ce qu’il mérite.

J’ai trop de casseroles au cul, trop de démons dans ma tête et trop d’ex aussi, sûrement. Je ne suis même pas sûr de mériter qu’il s’intéresse à moi.

Quand je l’ai croisé la première fois, il avait des étoiles dans les yeux. Il pétillait.

Il m’a rendu curieux.

Curieux de lui, d’abord. J’avais envie de savoir qui il était mais aussi de comprendre comment on peut être aussi débordant de positivité.

Curieux de savoir s’il pouvait déteindre sur moi, ne serait-ce qu’un peu.

Mais surtout, curieux de savoir si j’étais prêt à m’engager avec quelqu’un. Car après tout, ne pas y arriver avec lui m’indiquerait que ça ne marchera jamais avec personne.

Lors d’une de mes séances de psychanalyse, j’ai verbalisé le fait de ne pas réussir à m’attacher et de faire ce qu’il faut pour tout casser avant que ça ne devienne trop sérieux.

Ma psy avait posé toutes sortes de questions, comme “Vous faites cela avec toutes vos relations ? Les hommes comme les femmes ? Ou “Est-ce que vous diriez que vous vous sentez seul ?”.

La réponse à toutes ces questions était systématiquement “oui”.

Je me sens seul, même avec du monde autour.

J’ai l’impression que je peux tout perdre à tout moment.

Et puis… j’ai cette sensation en moi. C’est comme un rappel à l’ordre. J’ai l’impression de ne jamais suffire dans une relation. Je reste persuadé que l’on me quittera tôt ou tard.

Il n’y a qu’une personne à qui j’ai tout donné.

Aujourd’hui, je suis vide.

4.

POV Lego


Le soleil m’inonde le visage.

Arrivés à l’hôtel après le voyage en van, chacun a pris ses clés et est parti se coucher. Quand j’ai aperçu le lit, je me suis jeté dessus sans prendre le temps de me changer et j’ai sombré dans un sommeil profond.

Ce matin, je me sens bizarre. J’ai la tête qui tourne et le ventre noué.

Des souvenirs de notre conversation aux toilettes me reviennent. Je les chasse aussitôt et me redresse, déterminé.

Mon réveil se met à sonner alors que je sors de la douche.

– Je me suis levé sans toi, ce matin, dis-je en l’arrêtant.

Je me regarde dans la glace et je me passe la main sur le visage.

Nouvelle résolution : j’arrête les mecs !

On frappe un coup à ma porte.

Lorsque j’ouvre à Nut, je porte mon peignoir et une serviette dans les cheveux.

– Sa… lut, me dit-il hésitant en découvrant ma tenue.

– Hello Phi Nut ! dis-je, guilleret.

Il fronce les sourcils.

– Tu es sûr que ça va ?

– Oui, pourquoi ?

– Eh bien, hier soir, tu…

– Oh ! Hier ? Oui. Heu…

J’hésite un instant, puis je lui tire le bras pour le faire entrer dans ma chambre. Je l’installe sur le lit et me tiens face à lui.

– Je vais te raconter un truc, mais tu dois me promettre deux choses.

Il hausse toujours les sourcils et son visage trépigne d’impatience.

– D’abord, promets-moi de me laisser parler jusqu’à la fin.

– D’accord. Et ?

– Tu ne devras raconter ça à personne.

Il pince les lèvres et lève les mains pour signifier qu’il attend que je commence à parler.

– Et quand il m’a largué hier soir, j’étais vraiment très mal. Donc, c’est décidé, j’arrête les mecs !

Sur ces mots, je m’immobilise après avoir parcouru la pièce de long en large pendant, au moins, dix bonnes minutes.

Quand je me tourne vers mon meilleur ami, il est statique. Je n’arrive pas à déchiffrer son expression.

Il reste assis, sans rien dire.

– Tu as eu un bug ?

– Non, je… J’essaye d’intégrer la nouvelle. Toi et… Toi et Ohm ?

– Oui.

– Et tu comptais nous en parler ?

– Non. Enfin, si c’était devenu sérieux, peut-être.

– Et à moi ? Tu comptais m’en parler, à moi ? demande-t-il, vexé.

– Eh bien…

Il se lève d’un bon.

– Tu dis tout le temps qu’on n’a rien à se cacher, nous deux. Que tu peux tout me dire. Que je suis ton “meilleur ami”.

Il prononce ces derniers mots en mimant des guillemets avec ses doigts. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que ça signifie, mais on dirait qu’il est en colère.

– Tu es colère ? tentais-je.

– Nooooon ! Bien sûr que non ! dit-il en haussant le ton. Ça fait des mois que tu vois un mec dans mon dos, je dois le prendre comment d’après toi ?

– Quoi ? Mais non, Nut…

Il sort en claquant la porte.

C’était quoi ça ?

La journée d’aujourd’hui est une suite de visite des lieux de tournages pour le prochain MV. Un hangar, un restaurant, un parc et une plage.

Dès demain, nous débuterons les essayages des costumes et les répétitions pour la chorégraphie. Dans deux jours, nous commencerons à filmer.

– Et c’est ici que nous tournerons la dernière scène du MV. Vous serez alignés face à la mer, au soleil couchant, finit le réalisateur.

– Génial, remercie William.

– Merci pour toutes ces informations, Phi, précise Tui.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas écouté un traitre mot de ce qui a été dit aujourd’hui. J’ai passé mon temps à essayer d’engager la conversation avec Nut. Il m’a ignoré à chaque fois. Alors je ne l’ai pas quitté d’une semelle, pour qu’il daigne me décrocher un mot. Mais, je crois que cette fois-ci, il est vraiment en colère contre moi.

– Les gars, merci pour aujourd’hui. Maintenant, quartier libre ! s’exclame William. On retrouve toute l’équipe de tournage à 20h au restaurant au bord de la plage.

Tout le monde acquiesce.

C’est ma chance, je vais enfin pouvoir lui parler !

En me retournant, je constate qu’il est déjà en train de partir.

– Nut !

Il continue vers je ne sais où, d’un pas décidé.

– Phi Nut ! Attends !

Il ne se retourne même pas.

– Il se passe quoi entre vous deux ? me demande William qui semble préoccupé par notre comportement de la journée.

– On s’est un peu disputé. Il est en colère contre moi.

– Lego, Nut n’est jamais en colère contre toi, précise-t-il en souriant.

– Je crois que cette fois c’est un peu différent.

Comme je m’y attendais, la soirée est un calvaire.

Il ne me parle pas et ne me regarde même plus désormais.

L’ambiance est très gênante durant tout le repas. Je me demande comment font les garçons pour ne pas s’en mêler.

– Nut ?

Il me tourne le dos en s’asseyant de travers sur sa chaise.

C’est la goutte d’eau.

Je suis si triste que je voudrais fondre en larmes.

Mais quand on est une star de la Tpop, on ne fond pas en larmes en public. On doit toujours faire bonne figure.

Pour garder du courage, je me sers un deuxième verre de vin.

J’échange avec une maquilleuse, un caméraman et deux techniciens. Je reste cordial et je souris beaucoup. J’en ai mal aux joues. Ce sont de faux sourires. Mais personne ne le remarque. Le seul qui saurait les voir, c’est mon meilleur ami.

Au troisième verre, je m’esclaffe, je parle plus fort et je renverse quelques petites choses çà et là, mais, je maîtrise.

À la fin de celui-là, je me retourne vers Nut et il me regarde méchamment, en fronçant les sourcils.

Foutu pour foutu, je demande à un membre de l’équipe de me servir un quatrième verre.

William me saute quasiment dessus.

– Non, Lego, je pense que ça va aller là.

– Noooooooon ! Je ne suis pas saoul. Je veux un autre verre !

– Tu devrais rentrer, me glisse-t-il plus bas.

– Pourquoi ? Mais…

J’entends ma propre voix prononcer ce mot comme un enfant en pleine crise avec ses parents.

Un hoquet fait vibrer mon corps.

– Nut, tu t’en occupes ! dit William fermement.

Je l’entends claquer sa langue en signe de désapprobation.

Pourtant, on me soulève par le bras. Je sens une odeur familière.

– Nuuuuuuuuuut !

– Chut ! Lève-toi, je te ramène.

Nous sortons du restaurant et je suis soutenu par mon meilleur ami.

– Tu me reparles.

Il me foudroie du regard.

– Marche droit, Lego, fais un effort.

Je m’arrête net.

– Je ne suis pas saoul ! dis-je sur un ton victorieux en levant les bras au ciel.

– C’est ça ! s’exclame-t-il en levant les yeux au ciel.

Il me récupère et nous reprenons la route.

Je ne sais plus comment lui parler. J’ai beaucoup trop bu et je pourrais dire des bêtises, mais j’ai trop envie de lui parler. Il me manque.

Je lui pose mon doigt sur la joue.

– Tu me manques.

Il repousse mon doigt et me tire pour avancer.

– On va passer par la plage, ça ira plus vite, m’explique-t-il en m’emmenant dans le sable.

– Pourquoi tu fais ça ?

Il soupire.

– Quoi encore ? me demande-t-il.

– Tu m’ignores.

– Je ne… t’ignore pas.

– Bien sûr que si.

Je penche la tête vers mon épaule pour le regarder et je me mets à bouder.

– Tu es en colère.

– Mais non, me répond-il exaspéré.

– Alors parle-moi. Toute la journée tu m’as tourné le dos.

L’alcool a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Cette fois, pas de langue de bois, je lui dis les choses sans filtre.

– Parce que j’étais énervé, Lego !

– Enervé ? Pourquoi ?

– Parce que…

Je tente de me rapprocher de lui, mais le sable fait exprès de bouger et je perds l’équilibre. Il me rattrape.

Je lève la tête vers lui et il roule encore des yeux.

– C’est moi qui t’énerve ?

Il me remet sur mes deux pieds.

– Non.

Je vais devoir lui tirer les vers du nez.

– Alors c’est parce que je t’ai caché un truc, parce que j’avais un secret ?

– Non.

Il est coriace. On dirait qu’il ne va pas flancher.

– Alors c’est parce que…

– Parce que tu avais un mec, Lego ! Parce que, tout ce temps, tu avais quelqu’un. Ça me flingue de savoir qu’il était là, avec toi. Et le pire, c’est qu’il est canon, gentil et talentueux.

– Ouais, mais il m’a largué aussi, hein ?!

Je préfère le rappeler au cas où.

– Mais on s’en fiche des gars avec qui je couche, non ? Nous deux, on est…

Je perds de nouveau l’équilibre et je suis dans ses bras, comme tout à l’heure. Mais je ne lui laisse pas le temps de s’éloigner.

Je lui agrippe le cou avec mes bras.

– On est quoi, Lego ? Meilleurs amis ?

Encore des yeux au ciel.

– Eh bien, oui…

– Alors que je rêve de ça à chaque seconde ?

Il pose ses lèvres sur les miennes.

Mes yeux s’ouvrent en grand, prêts à sortir de leurs orbites.

Je ne sais pas si c’est vraiment en train d’arriver.

5.

POV Lego


Un bruit sourd explose dans mes tympans.

– Aïe ! Doucement ! dis-je en me couvrant les oreilles.

– C’est ce qui arrive quand on a la gueule de bois, crie William. Tu es fier de toi ? Heureusement que Nut t’a ramené.

Je me débats avec ma couette.

Ne me demandez pas comment je suis arrivé dans ma chambre.

– Phi Nut m’a ramené ?

– De pire en pire, lance-t-il en se pinçant le haut du nez. Allez ! Prends une douche et retrouve-nous en bas pour le petit déjeuner.

Je descends l’escalier de l’hôtel avec mes lunettes de soleil sur le nez. Cette journée va être compliquée.

Hong m’aperçoit de loin et me fait des grands signes.

– Rejoins-nous vite. Il ne va plus rester de pancakes, Nut est en train de les engloutir.

– Pwas Dwu Twout, assure-t-il la bouche pleine.

Je prends place en bout de table.

– Salut les gars.

– Tu as une de ces têtes.

– Merci Tui, bonjour à toi aussi.

Il rigole et se remet à manger.

Sur ma droite, Nut est installé devant son assiette qui déborde de nourriture.

Il me touche le bras.

– Tu vas mieux ? chuchote-t-il.

Je pourrais l’embrasser pour parler si doucement, c’est le seul qui fait attention.

Pourquoi l’idée de l’embrasser me semble tout à coup très différente ?

– Tu veux une assiette ?

– Non, pitié. Je ne vais rien avaler.

William me dépose un verre d’eau et un comprimé.

– Avale au moins ça. On va avoir l’air malin aux répétitions avec notre danseur principal malade.

– Désolé…

J’avale le foutu cachet, qui décide de se coincer à moitié dans ma gorge.

La sensation est extrêmement désagréable, mais c’est le moins que je mérite. J’avoue ne pas avoir très professionnel hier soir.

Je commence à tousser et Nut se précipite sur moi.

– Tu as avalé de travers ?

Il a l’air inquiet. Il me touche le visage et ses doigts frôlent mes lèvres.

Pourquoi ai-je la sensation d’avoir vécu ça ? Ce doit certainement être le sentiment de déjà-vu.

Mais pourquoi est-ce que j’aime cette sensation ?

Aussi vite qu’il s’est inquiété, il se retire, me regarde à peine et termine son assiette. C’est bizarre.

En arrivant au hangar pour les essayages et la répétition, je me traîne. Je suis l’ombre de moi-même. Heureusement, les garçons ont arrêté de me faire des remontrances après que Nut les a grondés dans le van.

Dans la matinée, notre manager est arrivé avec un sourire jusqu’aux oreilles.

– J’ai une mauvaise et bonne nouvelle !

– Qu’est-ce qu’il y a ? s’enquiert William.

– Demain, une tempête va frapper la cote. Donc, impossible de tourner.

– Quoi ? Mais c’est affreux ! réagit Hong. Qu’est-ce qu’on va faire ?

– Pas de panique, voilà la bonne nouvelle. Nous retournons dans la banlieue de Bangkok pour assister à l’événement de la Saint-Valentin de la GmmTv.

– Hein ? C’est quoi ça encore ? demande Tui.

– Alors, c’est un jeu autour…

– Oui ? s’impatiente Nut.

– Autour d’un labyrinthe !

– Quoi ? dis-je derrière mes lunettes.

Il nous explique le concept. Chaque participant s’engouffre dans le labyrinthe. Si le destin permet de retrouver son partenaire, alors le pairing gagne un point. Et les couples de la GmmTv s’affrontent pour gagner un repas dans un grand restaurant. Le tout sera bien entendu diffusé sur la chaîne YoutTube de la compagnie.

– William est invité avec Est.

– Oui ! s’exclame William. Quoi ? rajoute-t-il en voyant nos têtes.

– Et nous ? demande Nut.

– Vous pourrez profiter des animations et vous pourrez vous balader dans le labyrinthe en figurants. Alors ?

Tout le groupe décide d’y aller pour William. Mais, depuis ma rupture et ma cuite de cette nuit, je ne suis pas sûr de vouloir y aller.

– Départ demain matin, à 9h.

La journée suit son cours et la répétition commence.

Durant la chorégraphie de groupe, Nut redevient distant avec moi.

Je dois dire que je commence à en avoir assez de ce jeu. Il souffle le chaud et le froid. Hier, il me ramène à ma chambre, selon William, ensuite il s’inquiète que j’avale de travers, pour prendre de nouveau ses distances avec moi.

Il s’est peut-être passé quelque chose hier soir. J’ai peut-être encore dit quelque chose qui l’a énervé, ou pire, qui l’a blessé.

Au fond du hangar, je le vois rigoler et agir normalement avec Hong. Ses deux-là ne se quittent plus. Je ressens une sorte de jalousie en les voyant tous les deux comme ça.

– On refait le porté ?

Je me retourne et Dean est devant moi. C’est un des danseurs de la troupe.

Il est beau et il le sait. En revanche, ce qu’il ne sait pas c’est que je ne peux pas l’encadrer.

Je jette un dernier coup d’œil vers Nut qui vit sa meilleure vie avec Hong. Je décide de jouer moi aussi avec un autre.

– Avec grand plaisir, Phi Dean !

Cette partie de la chorégraphie n’est réalisée que par moi, sur le pont de la chanson. La troupe des danseurs se mettent en formation autour de moi. Dean est celui qui doit me porter durant la séquence. Ce porté est très spécial, puisqu’il nécessite que Dean me mette littéralement la main aux fesses.

– Ah Phi Dean ! Tu es trop fort, tu arrives à me porter d’une main ! 

Est-ce que j’en fais un peu trop ? Clairement. Mais au moins j’ai attitré l’attention de Nut.

Les membres du groupe me regardent réaliser la chorégraphie.

– Incroyable, même avec la gueule de bois, tu es en feu, Lego ! s’exclame Hong.

– Bien joué, Lego, me félicite Tui.

– Ah ouais, je dois avouer que là…

William ne termine même pas sa phrase.

Nut reste silencieux, le visage grave. Il suit les mouvements de Dean avec un regard noir et je m’en réjouis.

La question est : pourquoi est-ce que je m’en réjouis ?

Pas le temps d’y réfléchir, la musique se termine, ainsi que notre temps de répétition.

– Merci à tous, à dans deux jours.

Dans le van qui nous ramène à l’hôtel, Nut porte son casque et la musique nous entoure tellement le son est fort.

Je tente de me rapprocher de lui. Je n’ai aucune idée de la façon d’attirer son attention.

Et tout à coup, la révélation ! J’ai une idée.

Je tends la main et je lui attrape la phalangette de l’index. Je presse une, deux, trois fois, comme il le fait sur moi.

Il se retourne et ouvre la bouche en enlevant son casque. Alors qu’il inspire, le silence reste suspendu. Il retire sa main, remet son casque et se retourne vers la fenêtre. Je suis totalement perdu.

Dans ma chambre, je m’allonge sur le lit et j’essaye de me remémorer la soirée d’hier. Moi, buvant clairement trop. Moi, boudant pour avoir un verre. Moi, titubant sur la plage. Moi, avec les bras autour du cou de Nut.

Moi, avec les lèvres de Nut sur les miennes ?

Je me retourne à plat ventre et je crie de toutes forces dans le matelas.

Ce soir-là, je n’arrive pas à m’endormir. Je n’arrête pas de repenser à ce flash. Est-ce que c’est un vrai souvenir ? Mon ventre semble m’indiquer que oui, puisque les ridicules papillons qui s’y agitent quand j’y pense sont synonyme d’amour.

De l’amour ? Avec Nut ? Mon meilleur ami ?

Je pose mon bras sur mes yeux, espérant que Morphée m’emporte.

Un coup retentit sur la porte.

Lorsque j’ouvre, Nut est devant moi.

Nous ne parlons pas, ni lui ni moi. Je recule d’un pas et je m’efface pour le laisser passer.

Une fois seuls dans la chambre, nous nous retrouvons près du lit.

La tension est palpable. L’air semble chargé.

N’y tenant plus, Nut fonce sur moi, attrape mon visage en coupe entre ses mains et m’embrasse ardemment.

Mes mains remontent sur son dos. Ma bouche ne dit pas non, comme je l’aurais cru. Elle préfère jouer avec la sienne. Très vite je sens sa langue taquiner la mienne. Son baiser est tendre mais vigoureux. Nos corps sont si proches qu’ils se frottent l’un contre l’autre. Je m’embrase.

Il descend ses mains jusque sur mes hanches et attrape le bas de mon tee-shirt. Sans cérémonie, il le fait passer par-dessus ma tête, ce qui nous oblige à nous séparer un court instant.

Je fais de même avec son haut, mais je ne m’arrête pas là. Je me débarrasse plutôt facilement de son pantalon et de son boxer. Il est nu. Nut est nu devant moi. Et il me regarde comme si j’étais son quatre-heures.

Comme je suis très gentil, je me défais de mon bas de pyjama et je m’allonge sur le lit. Je suis tout offert. Il ne dit rien, mais je l’entends grogner. Il se place entre mes cuisses. Nos deux engins se pressent l’un contre l’autre alors que nous nous embrassons à nouveau.

Bip, bip, bip.

Bip, bip, bip.

Je me réveille en sursaut.

– C’était quoi ça ?

Notre manager nous fait monter dans le van, direction Bangkok. William est rayonnant.

– Pressé de revoir Phi Est ? lui demandais-je.

– On peut dire ça, me répond-il tout gêné.

– Berk, lance Hong au fond du van.

– Laisse-le tranquille, lui intime Tui.

Je me mets à sourire.

Quand je tourne la tête vers Nut, il lit un livre, son foutu casque encore sur les oreilles.

Est-ce que je dois lui dire pour mon rêve ? Et pour mes sentiments ?

J’y réfléchis depuis ce matin. Pour rêver de lui, de nous, comme ça, je dois forcément avoir des sentiments pour lui. Sauf que, j’ai un poids dans la poitrine.

Je me rends compte qu’hier, j’étais sûrement jaloux de Hong, qui a passé la journée avec lui, puis, il m’a manqué à en crever quand il m’a ignoré une journée entière et enfin, je l’ai éperdument désiré dans ce rêve.

Pourtant, je passe le voyage en silence, à ses côtés.

De retour chez nous, tout le monde se prépare. Nous ne prenons pas le van, mais deux voitures différentes. William et Tui partent devant. Hong, Nut et moi les suivons dans la voiture de Nut.

– J’espère que ce sera un peu animé, lance Hong pour briser le silence.

– Il n’y a pas de raison, dit Nut.

Je suis assis derrière, comme un enfant. Ça ne me permet pas de parler correctement avec eux, ni de me rapprocher de Nut.

Je vais devoir attendre d’arriver là-bas pour discuter.

Sur le parking, j’aperçois Ohm. Putain !

Nut aussi a dû le voir, puisqu’il se retourne immédiatement vers moi, l’air inquiet. Je lui fais un signe que tout va bien. Il se remet face à la route pour chercher une place de parking.

Il semble que cet événement soit “the place to be”. Tout le gratin de la compagnie est ici aujourd’hui.

William est déjà sorti de sa voiture et saute dans les bras d’Est.

– Berk !

Chose qui n’a pas échappé à Hong, visiblement.

Quand je descends, j’ai une folle envie de discuter avec Nut, seul à seul.

Pourtant, il s’éloigne sans une parole pour moi.

J’en ai assez, j’ai besoin d’air et d’espace. Je décide de me mettre à l’écart un petit moment. Près d’un arbre, je regarde l’immense labyrinthe qui se dresse au milieu de la plaine.

Une tape sur mon épaule me fait sursauter.

 

6.

POV Lego


– Salut !

– Heu… Salut… dis-je tout bas.

Ohm me regarde dans les yeux et se met les mains dans les poches d’un air gêné. Il se balance sur ses pieds comme s’il hésitait à me parler de quelque chose.

– Alors heu… tu es venu avec quelqu’un ?

– Oui, Phi Nut.

– C’est bien.

De nouveau le silence. C’est fou comme il prend de la place entre nous alors qu’avant nos interactions étaient fluides.

– Si tu veux bien m’excuser, dis-je en commençant à m’éloigner.

– Attends ! me supplie-t-il. Tu aurais deux minutes ? J’ai… des choses à te dire.

Son regard est sincère et ses mots m’intriguent, alors je hoche la tête en signe d’approbation.

Nous nous déplaçons dans le jardin et trouvons un banc à l’écart, où nous nous asseyons.

Je reste sur ma réserve. Je ne sais pas du tout de quoi il veut me parler. Pourtant, je ne dis rien. J’attends patiemment. Il fronce les sourcils à de nombreuses reprises, en regardant ses chaussures. Il a l’air de chercher ses mots.

– Je…

Je prends une profonde inspiration pour encaisser la suite.

– Je suis désolé.

– Quoi ?

Je le regarde les yeux écarquillés. J’ai dû mal entendre.

– Je suis désolé de la tournure de notre relation. Je sais que je ne suis pas doué pour dire les choses et je crois que je t’ai blessé.

– Ce n’est pas grave.

– Si ! Parce que je t’aime bien. Et on ne doit jamais blesser les gens qu’on aime bien. Enfin… Ça ne se fait pas. Et j’ai tout arrêté d’un coup. Je me suis remis en question. J’ai beaucoup réfléchi. J’avais besoin de comprendre ce que je voulais vraiment. Mais j’avais du mal à me l’avouer. Alors, j’étais perdu, tu comprends ? En gros, je suis un gros nul pour les relations humaines, donc je pense que ça n’aide pas, parce que…

Je pince mes lèvres pour ne pas rire. Son monologue est décousu, il est maladroit et touchant à la fois.

Quand il me voit prêt à rire, il s’arrête de déblatérer.

– Ohm, ce n’est pas grave. Au début, ça a été dur. Mais en réalité, j’ai compris ce que tu avais voulu dire.

Il prend une minute pour emmagasiner ce que je viens de lui dire.

Au bout de cette éternité, il finit par me parler.

– J’aurais dû t’aimer mieux. Tu le mérites.

Je lui souris tendrement.

– Merci.

Les rires et la musique nous parviennent tout à coup.

Nous nous levons et décidons de nous faire un câlin amical après cet échange.

Quand nous nous dirigeons vers l’entrée du labyrinthe, il aperçoit Nut et devient curieux.

– Alors, tu es avec lui, hein ?

– Pas encore. J’espère qu’il dira oui.

– C’est bien. Il est parfait pour toi.

–  Je le crois aussi. Après tout, il est aussi…

– Ton meilleur ami, acquiesce-t-il.

Je le regarde interrogatif. Il sourit tendrement.

– Tout à fait, lui dis-je constatant que nous sommes sur la même longueur d’ondes.

– Je sais ce que c’est.

Il fait un geste vers le bord du labyrinthe où je distingue une silhouette.

Je cligne des yeux quelques fois en croisant le regard d’un Nanon qui nous sourit et nous fait un petit coucou de la main.

Je reste bouche bée.

– Vous…

Ma voix se casse, j’en perds mes mots.

– Ne fais pas comme moi. Ne gâche pas tout. J’ai mis un temps fou à le récupérer. C’était épuisant.

Il me caresse et tapote l’épaule avant de rejoindre son meilleur ami, ou si je l’ai bien compris, son petit ami désormais.

En le voyant s’éloigner de moi, mais rejoindre celui qu’il a toujours aimé, je me surprends à sourire. Je comprends enfin tout ce qu’il voulait dire quand il parlait de son manque intérieur.

– Te voilà !

Je reconnais le son de cette voix qui surgit derrière moi.

– Phi Nut !

Son regard passe mon visage et se fixe au-dessus de mon épaule.

– Est-ce que c’était Ohm ?

Ses yeux s’ouvrent davantage.

– Est-ce qu’il est avec…

Je lui pose la main sur la bouche alors qu’il commençait à crier.

– Chut ! Oui, c’est lui. Mais ne le crie pas sur les toits.

Il hoche la tête en guise de compréhension et je libère sa bouche.

– Oh putain ! Mais c’est énorme !

— Si tu le dis.

Nous regardons Ohm arriver à hauteur de Nanon et lui prendre la main en entrelaçant soigneusement leurs doigts. Nanon se met à sourire, dévoilant sa fossette, et entraine Ohm dans le labyrinthe.

– Ils sont en couple ? demande Nut encore sous le choc de ce dont il est témoin.

– Hum hum, répondis-je amusé par sa réaction.

– Oh mon Dieu ! Je suis un grand fan de ce pairing. Je les shipe complètement.

– Je sais.

– C’est… fou !

– Pas tant que ça, dis-je en haussant les épaules.

Nut est encore en train d’absorber ces informations quand je commence à descendre la colline pour me diriger vers le foodtruck.

– Désolé.

Alors que je n’ai fait que quelques pas, je sens que l’on m’attrape l’index.

– Attends, reste.

Je me retourne pour lui faire face.

– J’espérais que nous pourrions enfin discuter tous les deux.

– Nut, je suis…

– Attends, laisse-moi commencer. Je n’arrive pas à croire que tu as oublié ce qui s’est passé entre nous sur la plage. C’est William qui me l’a dit. Et puis, dans le hangar l’autre jour, j’étais jaloux. Je sais que c’est ridicule. Mais ce danseur, c’est un coureur, tout le monde le sais. Alors, je n’ai pas supporté de te voir flirter avec lui, ni de te voir le laisser flirter avec toi.

– Nut, commençais-je. Ça n’a rien de ridicule. Moi aussi j’étais jaloux. Je t’ai vu rigoler avec Hong toute la journée alors que tu m’avais adressé deux mots depuis le petit déjeuner. Je n’ai pas aimé. Je crois d’ailleurs que j’ai laissé Dean me draguer uniquement pour t’énerver. 

– Écoute Lego, je sais que ça peut faire peur, qu’on est amis à la base et qu’on est du même groupe, mais j’ai de vrais sentiments pour toi. Je ne contrôle même plus mes émotions quand il s’agit de toi. Je voudrais qu’on soit un couple. Je veux te toucher et t’embrasser.

Ses yeux se mettent à briller.

– Comme sur la plage, finit-il.

Je le regarde un instant.

– Comme sur la plage, dis-je à demi-voix.

– Alors, tu t’en souviens ? demande-t-il tout à coup.

Je hoche la tête en souriant.

Je me rends compte que ses doigts tiennent encore mon index.

Je suis tellement ému que j’ai envie de lui sauter au cou. Pourtant, je me contente de me rapprocher doucement jusqu’à ce que nos corps se touchent. Je me hisse sur la pointe des pieds et je dépose un petit bisou sur sa bouche.

Sa réponse est immédiate.

Il sourit de toutes ses dents, me saisit le visage et m’embrasse avec frénésie.

Plusieurs minutes passent alors que nous ne nous séparons pas d’une seconde, même pour prendre notre respiration.

À nouveau, des rires se font entendre.

Contraints, nous nous séparons un instant.

– C’est là que je regrette de ne pas avoir mis mon baume réparateur, avouais-je.

– Celui à la banane ? J’en suis accro.

– Tu es taré, dis-je en pouffant de rire.

– Non, pour de vrai. Pour notre premier baiser, tu le portais. Ce goût me hante encore chaque fois que je pense à toi. Tu avais ce goût et celui du vin.

Il pose sa main sur ma joue et essuie les contours de mes lèvres avec son pouce. C’est doux et terriblement sensuel.

– Tu as envie de faire ce labyrinthe, toi ? demande-t-il.

Je souris.

– Non, ce n’est pas ce dont j’ai envie, là, tout de suite, répondis-je avec mon ton le plus coquin.

Il saisit parfaitement l’allusion et me propose de nous éclipser.

Il n’est pas garé très loin. En montant dans sa voiture, j’envoie un message à William pour m’excuser et m’assurer qu’il ne s’inquiète pas de mon départ. Il m’envoie un “Ok”, suivi d’une photo d’Est et lui mangeant une barbe à papa bleu ciel dans ce qui ressemble à l’intérieur du labyrinthe. Elle a pour légende “Ne t’en fais pas, je suis bien accompagné ”.

Je pense alors “je les adore ces deux-là”.

Je tourne mon regard vers mon plus que meilleur ami qui se prépare à mettre le contact.

– J’ai un aveu à te faire, confessais-je.

– Un aveu ? Je t’écoute, dit-il en s’arrêtant pour rester attentif.

– Ce que j’aime le plus au monde, c’est quand tu me tiens l’index.

– Quoi ?

– Tu sais ? Quand tu m’attrapes par l’index. Pour moi, c’est un tout. Je ressens ta présence à mes côtés, ton soutien, ta gentillesse, ton inquiétude parfois et ton affection.

– Mon amour. C’est mon amour que tu ressens.

Je souris, gêné.

– Je n’en étais pas sûr. Je l’ai compris tout à l’heure sur la colline. 

Ses yeux font des va-et-vient entre mes yeux et mes lèvres.

Je comprends le message.

– Maintenant, ramène-nous à la maison.

Il m’attire vers lui et m’embrasse le haut du crâne.

– A vos ordres, chef !

Dès notre arrivée, et sachant que le reste du groupe est encore à l’événement, nous ne nous retenons plus et Nut me saute quasiment dessus.

Je ris sous ses baisers.

Il m’embrase tout entier quand nous arrivons dans le salon.

– Hum hum, fait une gorge râclée.

Dans un mouvement lent, bouche contre bouche, nos têtes se tournent vers le canapé. Notre manager, assis là avec un livre, nous regarde.

Il se relève, remet ses chaussons, puis prend ses lunettes et son bouquin.

– Les gars, vérifiez juste qu’il n’y a personne dans les parties communes avant de faire vos démonstrations d’affection.

Il sort dans le jardin.

– J’avais complètement oublié qu’il restait là, dit Nut.

Nous éclatons de rire et nous précipitons dans ma chambre.

Quand la porte claque, il se rapproche de moi doucement.

Il fait courir ses doigts le long de mes bras. Ils laissent des frissons sur leur passage. Quand ils atteignent mon cou, il fonce sur mes lèvres.

Je le rejoins dans cet élan et commence à le déshabiller.

L’envie est palpable pour nous deux. Pourtant, je ressens beaucoup de douceur dans notre hâte. Le désir ne nous consume pas, il nous allume et nous rapproche.

– J’ai rêvé de ce moment, murmurais-je entre deux baisers.

– Moi aussi, répond-il.

Je le repousse d’une main.

– Non, je veux dire que j’ai fait un rêve érotique de nous deux.

– Oh ! comprend-il enfin. Et j’étais bon ?

Je lui attrape le menton d’une main.

– Terriblement. J’en étais tout mouillé. Je vais pouvoir comparer.

Je l’entends grogner en récupérant ma bouche. Il me soulève et me dépose sur le lit. Quand il retire les habits qui lui reste, je l’observe et me mords les lèvres. Je trouve ce spectacle fascinant.

Une fois en tenue d’Adam, il jette ses fringues à travers la pièce d’un coup de pied.

Je lui tends les bras.

– J’ai besoin d’aide pour enlever les miens.

– Tu m’étonnes.

Il monte sur le lit et son poids affaisse le matelas. J’aime cette sensation.

Dans un jeu de séduction qui n’en finit pas, il me retire chaque vêtement avec attention, jusqu’à la délivrance. Nous voilà enfin à égalité.

Il se place au-dessus de moi, me dominant, mais sans que j’aie l’impression d’une emprise masculine. Avec tendresse, il attrape le drap et le place sur lui, nous cachant tous les deux. J’aime cette attention.

Décidément, j’aime tout chez mon meilleur ami… ou devrais-je dire petit ami maintenant ?

Son corps se frotte délicatement au mien et sa bouche s’attarde dans mon cou.

Je gémis plus que je ne l’ai fait avec mes partenaires précédents et, pourtant, il ne me pénètre pas encore.

– J’ai envie de te sentir en moi, Nut.

– A vos ordres, chef ! glisse-t-il à mon oreille.

Ces mots résonnent différemment désormais, ils sont coquins.

Meilleure partie de jambes en l’air de ma vie.

Allongé sur le torse de mon petit ami, je suis heureux. Je joue avec ses doigts et un souvenir se rappelle à moi.

– Nut ?

– Oui ?

– J’ai une question.

Il lève un sourcil.

– Vas-y.

– Il y avait quoi dans ce biscuit chinois ?

Il sourit.

– Le message disait “La personne qu’il nous faut est souvent plus près que l’on ne croit”. Je savais que ça parlait de toi. Je t’aimais déjà comme un fou.

– C’est dingue. Je n’ai rien remarqué avant cette soirée sur la plage.

– C’est parce que je suis fort pour garder les secrets.

Je me redresse pour le regarder dans les yeux.

– Nut ?

– Lego ?

– Je t’aime.

– Moi aussi.

– Joyeuse Saint Valentin.

Pour toute réponse, il m’embrasse fougueusement.

2 Comments

  • canelle31270

    merci pour cette histoire j’aime beaucoup ce couple

    • Yoohee

      Avec plaisir !
      Je suis ravie que tu aies aimé ^^
      Moi aussi je les aime bien !
      (●’◡’●)

Commentaires

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