Memento Mori

« Memento Mori », 4 tomes, de C. S. Poe

Traduit de l’anglais par Marie-Thérèse Cœlho

 

Peut-être y a-t-il parmi vous des amateurs de romans policiers ? C’est un genre que j’affectionne particulièrement. Une bonne énigme, du suspense, des rebondissements, des fausses pistes… On se plonge dans la psychologie des personnages, on anticipe les événements, on se torture les méninges pour trouver le coupable.

Alors quand je trouve une romance M/M dans un excellent polar, je n’hésite pas… Je fonce !

Je connaissais C. S. Poe et sa très bonne série « Snow et Winter », que je vous conseille également. Mais « Memento Mori » est, à mon avis, un cran au-dessus. Quatre tomes sont déjà sortis, mais rassurez-vous, ils possèdent tous une vraie fin pour l’enquête en cours, même si un fil conducteur les relie entre eux. Ce n’est pas tant l’écriture de l’auteure qui m’a séduite, mais la complexité de ses enquêtes, la profondeur de ses personnages et cette plongée dans le passé de New York et de son histoire. La traduction est de qualité.

Memento Mori signifie « Souviens-toi que tu vas mourir », une expression utilisée depuis l’Antiquité pour nous rappeler la fragilité et la brièveté de la vie et nous inviter à profiter pleinement du présent.

Everett Larkin est inspecteur à la DiANE, la division des affaires non élucidées, ce qu’on appelle plus communément les cold cases. Il souffre d’hyperthymésie, un trouble extrêmement rare, caractérisé par une mémoire exceptionnelle, la capacité de se souvenir, de façon très précise et détaillée, d’événements personnels vécus. Il ne peut pas le contrôler et souffre beaucoup. Il est profondément marqué par son passé. Excellent détective, il montre une grande empathie pour les victimes et veut leur rendre justice. Mais pour le reste, il s’impose une distance émotionnelle qui le fait paraître froid et antipathique.

Il fait appel au talent de l’inspecteur Ira Doyle, artiste médico-légal, spécialisé dans la reconstruction faciale, pour les besoins d’une enquête. Ce dernier redonne vie aux victimes, les reconstruit, les humanise, avec douceur et respect.

L’attirance est immédiate, la romance lente, crédible, mature. Là où Everett met de la distance et se réfugie dans la logique, Ira montre de la vulnérabilité en exprimant ses sentiments. Chaque enquête va tester leur lien et renforcer leur capacité à se soutenir face à la culpabilité et au deuil. J’ai adoré cette histoire d’amour entre deux hommes blessés, qui travaillent dans un monde dominé par la mort mais trouvent en eux assez de force pour s’autoriser à espérer, à aimer.

Chaque enquête nous entraîne dans l’histoire de la ville de New York, à différentes époques et dans différents lieux. Les intrigues sont prenantes, réalistes, le rythme soutenu ne nous laisse pas un instant pour souffler. C’est totalement addictif ! Un énorme, énorme, coup de cœur ! J’attends le tome 5 avec énormément d’impatience.

« Les meurtres de Madison Square », Tome 1 : une caisse enterrée sous un arbre, des restes humains et un masque mortuaire de l’époque victorienne vont réunir pour la première fois Everett et Ira. Ensemble, ils vont rouvrir de vieilles affaires de disparition et se lancer sur la piste d’un tueur obsessionnel.

« Les meurtres du métro », Tome 2 : une découverte macabre dans le métro, une photographie post-mortem… Nos détectives vont être à nouveau confrontés à la cruauté et la noirceur de certaines âmes qui ne reculent devant rien pour assouvir leurs fantasmes les plus pervers…

« Le massacre de Broadway », Tome 3 : Everett et Ira vont se pencher sur le passé de Broadway dans cette nouvelle énigme passionnante. Qui est cette femme qu’on retrouve momifiée derrière un mur ? Quel lien avec cette mystérieuse cassette VHS ? Une enquête qui mêle avec habileté le passé et le présent, dans un lieu mythique de New York.

« L’homicide de l’Hudson River », Tome 4 : Qu’ont en commun un corps retrouvé dans un frigo, un bijou de deuil, un flic corrompu et une mère disparue qui réapparaît soudainement ? Nos deux policiers nous entraînent encore une fois dans une intrigue passionnante et aux mille rebondissements.

Extrait de « Memento Mori, tome 4, L’homicide de l’Hudson River » de C. S. Poe, traduit par Marie-Thérèse Cœlho.

— Je reste éveillé la nuit à essayer d’identifier le moment précis où nos trajectoires se sont entremêlées, commença Larkin. Forcément quelque chose de moins que le destin, mais de plus que le hasard. Et puis je remonte jusqu’au Big Bang et je comprends que la pensée est trop vaste. C’est une crise existentielle.


Il marqua une pause, pensif, avant de reprendre.


— Tu es tout ce qu’il y a de calme et de beau dans ce monde. Tu es un champ de tournesols et l’iridescence d’une bulle de savon. Tu es la lumière du soleil qui se diffracte sur l’eau, et la brume tapie au fond d’une vallée. Je t’aime plus que tu ne pourras jamais vraiment le comprendre. Et j’ai fini par accepter que ma difficulté à formuler ces émotions ne soit peut-être pas la conséquence de mon traumatisme crânien, mais simplement le fait que cet amour est indicible. Pour moi, tu dépasses les mots – tu existes dans un espace fait de nature et d’émotion.


Doyle abaissa la veste de costume. Elle était maculée de traces de larmes. Sa bouche tremblait encore, mais les pleurs s’étaient peu à peu arrêtés, dans un calme fragile.


Larkin reprit :


— Pour la première fois depuis dix-huit ans, j’ai réussi à associer la mort non pas à la culpabilité, mais à l’amour. Grâce à toi. Et si un vieux chien comme moi peut encore apprendre de nouveaux tours, alors un jour, tu te verras comme moi je te vois. Tu comprendras que tu es devenu l’adulte dont tu avais besoin étant enfant. Et le jour où tu y croiras sera le jour où tu commenceras à guérir.


Doyle ne bougea pas. Ne dit rien.


Avec hésitation, Larkin demanda :


— Tu veux un câlin  ?


Doyle hocha la tête sans relever le visage.


Larkin se mit à genoux et passa ses bras autour de ses épaules sans trop serrer, mais Doyle le tira contre lui – l’agrippa si fort autour de la taille que Larkin douta qu’un pied-de-biche suffise à les séparer – alors il pressa la tête de Doyle contre sa poitrine et caressa la masse en désordre de ses cheveux sombres.

4 Comments

  • SkyA

    Merci Viranne pour cette nouvelle présentation littéraire. Un auteur inconnu, une présentation qui donne envie, un extrait qui intéresse, une nouvelle série de romans qui tente à la découverte. A voir après la longue liste qui s’est déjà bien étoffée avec vos précédentes présentations de titres.
    A très bientôt pour la prochaine suggestion de lecture 🙂

    • Viranne

      Bonjour SkyA,

      Merci à toi d’être venue faire un tour dans « Les lectures ».
      Si j’ai pu faire découvrir une nouvelle auteure, j’en suis ravie. Il y a de nombreuses pépites, parfois méconnues, dans la littérature M/M.
      Si tu aimes les polars et les romances qui prennent leur temps, tu devrais être conquise. Il y a beaucoup d’originalité dans ce roman. J’ai découvert ce qu’était l’hyperthymésie, et je ne souhaite à personne de souffrir de cette capacité. J’ai aimé voyagé dans le passé de la ville de New York. J’ai plongé tête la première dans cette enquête difficile, dans ce cold case prenant. Rien n’est simple ici, la tension est présente jusqu’à la toute dernière page.
      Je te souhaite une bonne semaine, bonnes lectures,
      Bises

  • Mitchiko

    Hello Viranne, merci pour cette recommandation lecture. Je connaissais la saga que tu as présenté de nom, de même que son autrice. J’avais déjà aperçu des couvertures signées de sa plume ^^ je suis d’accord avec toi, quand un roman policier/polar contient du MM, cela peut donner lieu à de très bonnes surprises. J’aime le côté « enquête » mêlé à ce genre lorsque c’est bien ficelé. Et les personnages ont l’air plutôt atypiques, originaux ici, de quoi intriguer 🙂 je me pencherai sur ces livres à l’occasion. Passe un bon week-end et une bonne semaine. A très bientôt. Bises

    • Viranne

      Coucou Mitchiko,

      Si tu aimes les romans policiers, tu ne seras sûrement pas déçue. Il y a tout ce qu’on peut aimer dans un bon polar : une énigme criminelle à résoudre, du suspense, des rebondissements, un côté sombre et psychologique hyper intéressant et un personnage central peu commun. Le tout est très réaliste et vraiment addictif. Il ne m’a fallu que quelques pages pour être captivée.
      Merci pour ton message, Mitchoko, bon dimanche et bonne semaine à toi aussi.
      Bises

      PS : j’espère que High School Frenemy continue à te plaire !

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